Le tilleuil devant la maison a près de 200 ans, et à chaque coup de vent je sursaute, de peur qu'il ne tombe sur la maison et la détruise, ainsi que nous.
Je le sens tout contre moi, il me protège, je suis confiante.
19h, l'heure de l'apéro. On s'assoit à la terrasse de bois, avec une merveilleuse vue pour le prochain coucher de soleil. En été, ici, le soleil ne se couche qu'aux environs de 21h, nous avons donc tout le temps de contempler la nature qui s'endore.
Des oiseaux chantent, c'est un cadre magique. La nuit s'annonce merveilleuse.
A vrai dire, je ne pensais pas qu'il pouvait se passer quelque chose entre lui et moi à cet instant, mais je devais avouer que notre relation était devenue ambiguë. Plus vraiment un ami, pas vraiment un amour. Quoi alors ?
Qu'était il pour moi ? Cette étrangeté me plaisait, elle me rapprochait encore plus de lui. Il n'était pas vraiment mon ami ni entièrement mon amour. Nous avions une relation privilégiée.
Le wisky fut un délice ... Sans glace, sec. Un plaisir s'ajoutant à celui qui était d'être seule avec lui.
La chaleur monte. Je me rapproche de lui. Il tourne la tête, et me fait signe. Il ferme les yeux mais je sens qu'il me regarde. J'entends comme une voix qui me dit :
<< Viens ... Je t'aime ... Ne me laisse pas ... >>
Je sursaute. Il a à présent ses lèvres posées contre les miennes. Je sens sa langue dans ma bouche comme une délicieuse glace au chocolat, que l'on déguste avec plaisir et lenteur, pour prolonger le bonheur.
Un baiser langoureux et qui me sembla éternel. Quand il se retira, mes yeux étaient encore fermés. Fermés de bonheur ... Il posa sa main sur ma joue, et sa tête sur mon épaule. Et moi toujours immobile, les yeux fermés, la tête haute, comme si je voulais sentir le vent encore plus prêt de mon visage. Ses cheveux me caressent le front, comme un voile de mousseline blanc. Je le sens se relever d'un coup, et de regarder en direction de la porte restée ouverte. Elle ne l'est plus.
Moi toujours dans mon rêve éveillé, je le regarde tendrement.
<< Ce n'est rien, un coup de vent >> dis je en caressant ses cheveux.
Il me caresse le dos et descend jusqu'en bas des reins. Il est pressé ... Et nous n'avons toujours pas commencé à dîner ! Patience ... Tu m'auras ne t'en fais pas ...
20h30. La trève. Nous calmons nos émotions, mais sommes toujours aussi tendres l'un envers l'autre. Quelques caresses par ci par là, toujours de grands regards imbibés d'amour et de tendresse. Nous dînons en admirant le coucher de soleil. Il est particulièrement beau ce soir là. Un mélange de rouge et de jaune, conjugués de vert et de bleu. On peut également apercevoir quelques touches de violet.
La nature s'est tû, comme si elle nous passait le relet.
<< C'est à vous maintenant ! >> semblaient crier les oiseaux.
On se regarde, mais on ne parle pas. Le regard dit tout. Un sourire. On se frôle. On a chaud. Nos mains s'entrelassent, c'est le commencement de la fusion de nos deux corps.
L'amour est présent, et ne nous lâche plus. Pourtant il me semble que nous avons sauté une étape.
Je file dans le salon, et le laisse en plan le pauvre chéri, à ses pulsions non assouvies.
Je met de la musique. Un léger piano, lent, qui n'appelle que le plaisir.
Nous avancons dans le salon et dansons. Proches, très proches l'un de l'autre. On se caresse, on s'aime.
L'ébat commence. On monte rapidement dans la chambre, sans un mot. Des baisers, des caresses les remplacent. Le déshabillage se fait dans la plus belle discrétion. Me voilà nue devant lui, et moi qui suit d'un naturel pudique, je veux me livrer totalement à lui. A cet instant précis, je l'aime.
Nous faisons l'amour toute la nuit. Une nuit de bonheur et d'extase. J'aime comme jamais je n'ai aimé. Et je dors comme jamais je n'ai dormi ...
Est ce possible d'aimer aussi rapidement ? Et de se réveiller le matin et de savoir ce qu'est réellement le bonheur ? Hier encore l'amour était inconnu à moi, et me voilà aux côtés de cet homme, si beau, si merveilleux.
Le soleil me touche les yeux et leur ordonne de me lever.
Il n'est pas là ... Il a dû descendre préparer le café. Quel amour ... J'ai des bribes de souvenir de la nuit passée et de la soirée. J'en ai encore des frissons.
J'entends des pas en bas. Des pas lents au début et de plus en plus rapides ensuite.
Je decide de me lever. Il cherche peut-être quelque chose.
Je descend lentement. Je vois son reflet dans le miroir du salon. Qu'il est beau. Voilà qu'il monte sur une chaise. Que veut il faire en réalité ? Le ménage sur l'étagère ? Si c'est cela il a bien raison, elle en a besoin.
Mais mon coeur bat fort, très fort. L'hypothèse du ménage sur l'étagère ne me semble plus plausible. Je descends encore, tout doucement et me voici presque arrivée en bas. J'attend encore un peu pour tenter de découvrir ce qu'il fait. Que peut-il bien être en train de faire sur cette chaise ?
Mon coeur bat, fort, très fort de plus en plus fort. Pourquoi bat il si fort, pourquoi ai-je peur à cet instant ?
Un cri, un souffle et je tombe.
Je me relève. Je tremble, mes jambes sont en coton.
J'entre dans le salon. La chaise est tombée. Son corps pend au dessus du tapis. Une corde est accrochée au crochet autrefois réservé à faire sécher le cochon.
Ses jambes tremblent. Il est si beau.
Des gens entrent dans la maison. Nos amis crient, pleurent, me demandent des explications. Mais je suis toujours dans ce rêve, le rêve de notre amour. Je marche, je regarde devant moi. Tout le monde pleure, des larmes coulent, les gens sont mouillés de tristesse.
<< Qu'est ce qu'il s'est passé ? Qu'est ce que tu lui as fait ? >>
Je marche, toujours tout droit. Je sors dans le jardin. Le soleil brille, mais les oiseaux ne chantent plus. Je continue de marcher dans cette nature morte, morte comme lui. Mes deux bonheurs de cette nuit se sont éteind. J'arrive au niveau de la piscine, où les rayons du soleil se réflettent. Petite, j'adorait imaginer que cette eau était un château de cristal et que les rayons du soleil représentaient sa brillance.
J'attends. Et me laisse tomber dans le château de mon enfance. La nature m'a engloutie. Je part le rejoindre.
Mes derniers instants de conscience m'ont permis de voir les amis, nos amis, s'agiter autour de cette piscine, et tenter de me tirer hors de l'eau.
Mes derniers instants de pensée furent pour me souvenir de cet instant magique, le souvenir de sa bouche sur la mienne et de ses mains sur mes joues.
Me voici maintenant au cimetière du village. Non loin de lui. Nous n'avons jamais été aussi proches.
Je comprends à présent son geste.
