La chaleur de son corps

C'était un soir de Juillet, chaud et humide par la perturbation annoncée. Je suis seule avec lui. Les autres n'ont pas pu venir et nous avons la maison pour nous tous seuls. Cette grande maison de pierre, de tuiles au toit très plat pour la région. "Une maison florentine" comme elle dirait. Une grande et belle maison, où il serait facile de se perdre. Un immense jardin, entouré de buis et d'arbres. Une piscine, bleue comme on en voit qu'en Californie. De vieilles granges en ruines, mais dont les murs sont entourés d'échafaudages. La rénovation est annoncée. Des gîtes, des maisons d'hôtes se préparent. Il y a de quoi faire dans ces deux hectares de terrain.
Le tilleuil devant la maison a près de 200 ans, et à chaque coup de vent je sursaute, de peur qu'il ne tombe sur la maison et la détruise, ainsi que nous.
Je le sens tout contre moi, il me protège, je suis confiante.
19h, l'heure de l'apéro. On s'assoit à la terrasse de bois, avec une merveilleuse vue pour le prochain coucher de soleil. En été, ici, le soleil ne se couche qu'aux environs de 21h, nous avons donc tout le temps de contempler la nature qui s'endore.
Des oiseaux chantent, c'est un cadre magique. La nuit s'annonce merveilleuse.
A vrai dire, je ne pensais pas qu'il pouvait se passer quelque chose entre lui et moi à cet instant, mais je devais avouer que notre relation était devenue ambiguë. Plus vraiment un ami, pas vraiment un amour. Quoi alors ?
Qu'était il pour moi ? Cette étrangeté me plaisait, elle me rapprochait encore plus de lui. Il n'était pas vraiment mon ami ni entièrement mon amour. Nous avions une relation privilégiée.
Le wisky fut un délice ... Sans glace, sec. Un plaisir s'ajoutant à celui qui était d'être seule avec lui.

La chaleur monte. Je me rapproche de lui. Il tourne la tête, et me fait signe. Il ferme les yeux mais je sens qu'il me regarde. J'entends comme une voix qui me dit :
<< Viens ... Je t'aime ... Ne me laisse pas ... >>
Je sursaute. Il a à présent ses lèvres posées contre les miennes. Je sens sa langue dans ma bouche comme une délicieuse glace au chocolat, que l'on déguste avec plaisir et lenteur, pour prolonger le bonheur.
Un baiser langoureux et qui me sembla éternel. Quand il se retira, mes yeux étaient encore fermés. Fermés de bonheur ... Il posa sa main sur ma joue, et sa tête sur mon épaule. Et moi toujours immobile, les yeux fermés, la tête haute, comme si je voulais sentir le vent encore plus prêt de mon visage. Ses cheveux me caressent le front, comme un voile de mousseline blanc. Je le sens se relever d'un coup, et de regarder en direction de la porte restée ouverte. Elle ne l'est plus.
Moi toujours dans mon rêve éveillé, je le regarde tendrement.
<< Ce n'est rien, un coup de vent >> dis je en caressant ses cheveux.
Il me caresse le dos et descend jusqu'en bas des reins. Il est pressé ... Et nous n'avons toujours pas commencé à dîner ! Patience ... Tu m'auras ne t'en fais pas ...

20h30. La trève. Nous calmons nos émotions, mais sommes toujours aussi tendres l'un envers l'autre. Quelques caresses par ci par là, toujours de grands regards imbibés d'amour et de tendresse. Nous dînons en admirant le coucher de soleil. Il est particulièrement beau ce soir là. Un mélange de rouge et de jaune, conjugués de vert et de bleu. On peut également apercevoir quelques touches de violet.
La nature s'est tû, comme si elle nous passait le relet.
<< C'est à vous maintenant ! >> semblaient crier les oiseaux.
On se regarde, mais on ne parle pas. Le regard dit tout. Un sourire. On se frôle. On a chaud. Nos mains s'entrelassent, c'est le commencement de la fusion de nos deux corps.
L'amour est présent, et ne nous lâche plus. Pourtant il me semble que nous avons sauté une étape.
Je file dans le salon, et le laisse en plan le pauvre chéri, à ses pulsions non assouvies.
Je met de la musique. Un léger piano, lent, qui n'appelle que le plaisir.
Nous avancons dans le salon et dansons. Proches, très proches l'un de l'autre. On se caresse, on s'aime.

L'ébat commence. On monte rapidement dans la chambre, sans un mot. Des baisers, des caresses les remplacent. Le déshabillage se fait dans la plus belle discrétion. Me voilà nue devant lui, et moi qui suit d'un naturel pudique, je veux me livrer totalement à lui. A cet instant précis, je l'aime.
Nous faisons l'amour toute la nuit. Une nuit de bonheur et d'extase. J'aime comme jamais je n'ai aimé. Et je dors comme jamais je n'ai dormi ...
Est ce possible d'aimer aussi rapidement ? Et de se réveiller le matin et de savoir ce qu'est réellement le bonheur ? Hier encore l'amour était inconnu à moi, et me voilà aux côtés de cet homme, si beau, si merveilleux.
Le soleil me touche les yeux et leur ordonne de me lever.

Il n'est pas là ... Il a dû descendre préparer le café. Quel amour ... J'ai des bribes de souvenir de la nuit passée et de la soirée. J'en ai encore des frissons.
J'entends des pas en bas. Des pas lents au début et de plus en plus rapides ensuite.
Je decide de me lever. Il cherche peut-être quelque chose.
Je descend lentement. Je vois son reflet dans le miroir du salon. Qu'il est beau. Voilà qu'il monte sur une chaise. Que veut il faire en réalité ? Le ménage sur l'étagère ? Si c'est cela il a bien raison, elle en a besoin.
Mais mon coeur bat fort, très fort. L'hypothèse du ménage sur l'étagère ne me semble plus plausible. Je descends encore, tout doucement et me voici presque arrivée en bas. J'attend encore un peu pour tenter de découvrir ce qu'il fait. Que peut-il bien être en train de faire sur cette chaise ?
Mon coeur bat, fort, très fort de plus en plus fort. Pourquoi bat il si fort, pourquoi ai-je peur à cet instant ?
Un cri, un souffle et je tombe.
Je me relève. Je tremble, mes jambes sont en coton.
J'entre dans le salon. La chaise est tombée. Son corps pend au dessus du tapis. Une corde est accrochée au crochet autrefois réservé à faire sécher le cochon.
Ses jambes tremblent. Il est si beau.

Des gens entrent dans la maison. Nos amis crient, pleurent, me demandent des explications. Mais je suis toujours dans ce rêve, le rêve de notre amour. Je marche, je regarde devant moi. Tout le monde pleure, des larmes coulent, les gens sont mouillés de tristesse.
<< Qu'est ce qu'il s'est passé ? Qu'est ce que tu lui as fait ? >>
Je marche, toujours tout droit. Je sors dans le jardin. Le soleil brille, mais les oiseaux ne chantent plus. Je continue de marcher dans cette nature morte, morte comme lui. Mes deux bonheurs de cette nuit se sont éteind. J'arrive au niveau de la piscine, où les rayons du soleil se réflettent. Petite, j'adorait imaginer que cette eau était un château de cristal et que les rayons du soleil représentaient sa brillance.
J'attends. Et me laisse tomber dans le château de mon enfance. La nature m'a engloutie. Je part le rejoindre.
Mes derniers instants de conscience m'ont permis de voir les amis, nos amis, s'agiter autour de cette piscine, et tenter de me tirer hors de l'eau.
Mes derniers instants de pensée furent pour me souvenir de cet instant magique, le souvenir de sa bouche sur la mienne et de ses mains sur mes joues.

Me voici maintenant au cimetière du village. Non loin de lui. Nous n'avons jamais été aussi proches.
Je comprends à présent son geste.

# Posté le jeudi 21 février 2008 06:31

Modifié le vendredi 22 février 2008 14:55

Quand la Bête dépasse l'Homme

Nîmes, 14h30, le 28/05/07. Température de 28°C à l'ombre. Les arènes vides et propres, attendent le sang des futurs toros ou toreros. Oui, on imagine mal que ce soit le torero qui se fasse tuer, pourtant c'est une possibilité.
La présidence est là, face au toril. On sent les bancs bouger, et on s'impatiente dans la foule. On entend les enfants pleurer, de peur que les toros ne s'échappent de sous les arènes, et écrasent tout le monde sur leur passage. Mais, ça n'arrivera pas. Ici, c'est l'homme qui dépasse la bête.

Ca y est, ils arrivent, les toreros avec leur petit chapeau en forme d'oreilles de toro. Ils marchent lentement, saluant la foule, et s'arrêtant pour saluer plus respectueusement la présidence, qui décidera de leur sort prochain. On en aperçoit quelques uns qui font le signe de croix. Ils sont appeurés, ils risquent leur vie. Ils ne veulent pas mourir, et pourtant, il faut se jeter dans l'arène.
Ensuite viennent les Picadors, sur leur cheval sur-équipé pour ne pas se faire trancher le ventre lors de picages violents. Les Picadors, ces gros hommes musclés, bronzés, des gars d'ici, des gars du sud. Les cheveux longs pour la plupart, et un beau chapeau qui pourrait faire penser à celui des cowboys pour les plus primaires. Moi, ils me font penser aux gardians de la Camargue, les cavaliers des salins, les poètes de la nature.

Les salutations terminées, le premier toro est annoncé.
De l'élevage d'Almeria (Espagne), il pèse 530 kg.
Les toreros se préparent. C'est Enrique Ponce qui commence. Appeurés mais confiants, ces assistants se préparent à toréer la bête vive.
Il arrive ... Il courre. Aucun mal à le faire venir, il veut se battre. Il courre partout dans l'arène, fonce dans les murs. Les assistants ont peur, ça se sent. Ils attendent que le toro se fatigue. Deux, trois, quatre, cinq minutes. La foule en a assez, elle veut du spectacle. Elle commence à huer. Les assistants sont obligés. Ils arrivent, ils courrent derrière le toro, mais celui les rattrapent vite. Ils l'appellent :
<< Torrro ! Torrro ! Venga Torrro ! >>
Il fonce dans leur cape, rose, qui signifie leur infériorité par rapport à celle de Ponce qui sera rouge, elle. Rouge, la couleur du sang ... Les prémices de celui qui va couler.

Le toro courre, il ne se fatigue pas. L'un des assistants veut faire son malin. Il s'assoit et positionne sa cape de façon à ce que le toro fonce dedans. Il établiera ensuite un tour sur lui-même pour que le toro ne lui fonce pas dedans. Il risque sa vie, il le sait. Mais avec les cris de la foule, la gloire, la fierté d'être ici, l'excitation, le toro qui souffle, il ne peut s'en empêcher.
Il s'assoit. Il se prépare. Le toro avance, marche, courre. L'assistant est près ... Le toro fonce ... Et atteint l'assistant en plein ventre. Celui ci s'écroule à terre, le sang dégoulinant de son ventre. Un cri unanime dans la foule, puis plus rien.
On ecarte l'assistant inactif, épris de gloire et de fierté. On le met sur côté.
Un de moins ... Mais ça fait partie du jeu. Déjà on commence à écarter quelques enfants de la violence qui s'annonce. Un de moins ... Le toro fait sa première victime.
Les autres assistants le torréent. Fort bien d'ailleurs, avec des expressions et des cris procurent une grande émotion dans la foule. On chuchotte, on observe. Puis le toro s'enerve. Il accélère. On n'avait pas prévu cela. Il fonce, dans les deux assistants qu'il reste. Il regarde la foule. Elle crie, hurle. Mais il continue. Il enfonce ses cornes dans le dos des deux assistants restants, et s'arrête une fois qu'il les sens inactifs. Deux de moins.
Il ne reste que Ponce, et les Picadors.
Les voilà qui arrivent. Ils tremblent. Après trois victimes, le toro est encore très actif et les attend. Il sait ce qu'il se passe, il semble plus attentif que les autres, peut être plus intelligent.
Le Picador se positionne, et l'appelle.
<< Torrro ! Torrro ! >>
Celui ci, courre, courre si vite que le Picador prend peur. Il n'arrivera pas à l'arrêter, celui ci va beaucoup trop vite. Il tente de le piquer, mais le toro s'emparre du cheval, et le fait tomber en arrière, en le enfoncant ses cornes dans le ventre. La combinaison de mousse n'aura pas suffit à sauver la vie de ce pauvre cheval. Il git ici, devant la foule, qui commence à se faire de moins en moins nombreuse après toutes ces victimes. Et le toro en redemande, il n'est pas rasasié. Il crie. La foule crie aussi.
<< Ramenez le ! C'est un assassin ! >>
Le toro semble isulter la foule, et tappe dans les murs de l'arène. Ce qui semble tout de suite calmer la foule. On tente tant bien que mal à le ramener, mais le toro courre, si vite, qu'on y parvient pas. Il faudra donc se battre, et risquer d'être le plus faible.

Le torero, Ponce, est là, prêt. Impossible de mettre les banderilles, il n'y a plus d'assistants, et le toro est bien trop rapide. Heureusement, le Picador, avant l'assassinat de son fidèle destrier, a réussi à le piquer pile à l'endroit où l'hémoragie s'enclenche. Il pourra donc être affaibli ... Mais cela surffira-t-il ?

Ponce est acclamé, comme le sauveur de cette boucherie, le Messie qui va nous sauver et venger nos frères.
Il se prépare. Déjà on sent le toro affaibli par sa blessure. Mais il courre toujours aussi vite.
<< Torrro ! Torrro ! >> crie Ponce.
Il est prêt. Le toro arrive en courrant. Ponce le rattrape par un véritable jeu de cape merveilleux. La foule l'acclame. Ca y est, les compteurs sont remis à zéro, l'homme et la bête sont remis à égalité.

Alors le meilleur commence. Ponce délimite son carré de 30cm par 30cm. Le toro ne dépassera pas cet axe. Il entame sa magnifique faena.
<< Ole ! Ole ! Ole ! Oooleee ! >> crie-t-on dans la foule.
Mais le toro n'apprécie guère ceci. Il se reprend et devient plus difficile à manier. Il sort du carré magique, celui qu'il ne devait pas dépasser. Ponce crie.
<< No Torrro ! >>
Mais si Ponce, seras-tu donc vaincu ? Le toro s'agite de plus belle. Ponce tente de le dominer, mais rien n'y fait, le toro est plus fort. Il s'agite, mais se fatigue. On le voit cracher du sang, la cape de Ponce innondée du sang de ce toro courageux.

Et enfin, le coup de grâce. Ponce, voulant en finir, sort son épée. Il la place et se prépare pour l'enfoncer dans le dos du toro. Il le regarde dans les yeux, et le toro le fixe. Ils sont tous deux concentrés. Mais qui sera le plus fort ?
Ponce fonce vers le toro et en un cri, le toro fonce à son tour. Ponce lui plante son épée dans le dos, et le toro enfonce ses cornes et use de ses dernières forces dans le ventre de Ponce.
Les deux héros tombent l'un sur l'autre, Ponce par terre et le toro sur lui.
Le toro donne un dernier cri. Ce sera lui le dernier.

Rien ne se passe pendant un moment. Pas un bruit dans l'arène. Tout le monde sous le choc. Du sang dans toute l'arène. Du sang de leurs idoles. Du sang de leurs fils. Du sang de leurs frères.
Et le toro, au dessus d'eux, les dominant de sa force, de ses 530 kg de courage et d'intelligence.

Je me lève et applaudis. On me regarde, on me cris dessus. Je cris aussi.
Je cris au toro, qui avait gagné.
Quand la Bête dépasse l'Homme

# Posté le mercredi 20 février 2008 16:32

Modifié le vendredi 22 février 2008 14:54

La Binch devenue Charlotte

C'est l'histoire toute bête d'une pomme de terre. Une patate. Une vulgaire patate.
Cette patate, nous l'appellerons Jacqueline, histoire de noircir le tableau de sa pauvre vie.
Jacqueline vit comme toutes les pommes de terres, dans la terre. Elle naquit en juillet 2003, lors de la canicule qui fit abbatre plusieurs de nos aïeuls français, ces personnes qui auraient dû être ses futurs consommateurs. Sa vie était donc déjà toute tracée : elle allait faire du surgelé.
Jacqueline était de la race des binch, la patate avec laquelle on fait de la purée. Elle était donc pré-destinée à la purée. Allait elle être conjuguée à la carotte, ou bien cuisinée à l'ancienne, ou encore mélangée aux légumes du soleil ? Et de quelle marque serait elle ? Magie, Knorr ?
C'est là que l'on se rend compte de la difficulté de la vie des ces pauvres pommes de terres, le légume du pauvre, celui que l'on mange en cas de coup bas financier.
Jacqueline le savait, elle allait être réduite en bouillie, pour satisfaire les babilles de ceux qui n'ont plus de dents.
Jacqueline avait un rêve, qui lui était apparu comme une évidence le troisième jour de sa vie, lorsqu'elle fit la connaissance d'un tournesol qui vivait dans la culture voisine. Elle voulait devenir une frite. Une bonne frite imbibée d'huile, croustillante à l'extérieur et fondante à l'intérieur. Pas une frite Mcdo, ni la frite du menu Enfants moins de 12 ans de chez Flunch, encore moins une frite Mccain. Non, elle voulait être une frite que l'on ne sert qu'aux plus grandes personnes de ce monde, aux plus importantes, aux plus belles, une frite qui vivrait dans le plus beau restaurant de France. Elle voulait être une frite de La Coupole, servie avec une bonne viande avec une bonne sauce béarnaise que l'on sert à côté.
Autant dire qu'elle avait de l'ambition la ptite Jacqueline !
Mais ceci était un rêve, un vulgaire rêve dans sa vulgaire vie de patate binch qui plus est ! Elle n'avait donc aucune chance de devenir une frite, puisque les binch sont, vous le savez bien, trop farineuses pour être mangées comme des frites.
Pauvre Jacqueline. Elle les entendait, les autres Charlottes ou Roswalds, qui parlaient de leur futur vie de frite.
<< Moi je serai frite à Macdo ! >> disait Charlotte.
<< Et moi je serai Potato pour Quick >> répliquait Roswald.
<< Mais moi, pensait Jacqueline, je serai une purée de Magie, ou bien de Knorr ? Moi qui rêverai d'être la frite la plus populaire de La Coupole, avec son lot de compliments ! La première frite binch, bien meilleure que les Charlottes que l'on voit habituellement ! >>
Et oui, toutes les autres patates, n'avaient aucune ambition ! Une frite Mcdo ! Pourquoi Burger King ?!
Jacqueline était décidée. Elle allait devenir frite, moral ou pas !

Quand elle l'annonça à sa famille, binch de mère en fille et purée de père en fils, elle fut chatiée de la maison.
On ne plaisante pas avec l'étique des pommes de terres. Une binch c'est une purée, *Point*.
Jacqueline se retrouva seule, sans toit. Elle alla se réfugier chez son ami le tournesol, qui s'appelait en réalité Gérard.
Celui-ci eut une idée. Il allait la faire rentrer dans le milieu de la friterie et la faire devenir une frite. Gérard allait de toute façon être transformer en huile, Isio 4 ou bien Fruit d'Or. On a besoin d'huile pour faire des frites, non ?

Alors commenca le long parcours pour faire rentrer Jacqueline dans ce milieu difficile qu'est le monde de la frite. Elle du déjà perdre du poids. Elle devait avoir un tour de taille parfait. Pour cela elle utilisa la méthode forte : elle refusait ce qu'on lui donnait à manger. Plus d'eau pendant 6 jours et pus de soleil non plus. Au bout d'une semaine, elle était devenue la pomme de terre la plus mince de la serre. Elle faisait d'ailleurs des jalouses.
<< Comment une binch, qui de surcroit doit être moche, grosse et farineuse, peut elle devenir une pomme de terre, mince, belle et moelleuse ? >>
Les ragots fusaient.
<< Elle fait du sport en cachette, plus bas dans la terre. >>
<< Elle n'est pas vraiment binch. On l'a mise dans le rayon binch par hasard, on s'est trompé sur sa nature. >>
En deux semaines, Jacqueline était devenue la Paris Hilton des patates. Toutes les fautes de la terre, c'était à cause d'elle. Tous les excès, drogue pour patates, engrais qui faisait rendre plus belles, elle en prenait. Elle faisait la une de chaque Closer des patates.
<< Aujourd'hui, Jacqueline, la Binch devenue Charlotte, nous informe sur sa nouvelle vie. >>
<< Nouvel excès de la Binch devenue Charlotte ! >>
Les parents de Jacqueline ne voulaient plus entendre parler de leur fille, eux qui étaient déjà visés comme les responsables de l'éducation douteuse de leur fille.

Avec toute cette médiatisation, Jacqueline en avait oublier son objectif : devenir frite.
C'était tout de même pour ça qu'elle avait jeûné pendant une semaine !
Elle devait à tout prix convaincre les cultivateurs de la prendre comme frite plutôt que purée.
Pour se faire, plusieurs solutions s'ouvraient à elle :
<< Soit tu leur fais croire que t'es une Roswald, disait Gérard, soit tu continues tes efforts et tu deviens encore plus belle que tu ne l'est déjà, sur quoi ils seront incapable de faire de toi une purée et de prendront pour frite. >>
Jacqueline opta pour la seconde solution. Elle ne voulait tromper les cultivateurs, et assumer jusqu'au bout de son état de Binch. Oui elle était une Binch, et elle l'assumait ! Elle allait réussir, Binch ou pas ! Mais jusqu'au bout elle allait se battre. Elle estimait qu'elle avait déjà fait le plus dûr. Sur quoi elle se trompait ...

C'est alors que le jour J arriva. Le jour de la récolte.
Tout le monde était à sa place. Les Charlottes avec les Charlottes, les Roswalds avec les Roswalds, et les Binch avec les Binch. Jacqueline était avec ses compatriotes Binch, honteux de l'avoir avec eux dans leur compartiment.
Un des agriculteurs de la culture, Guy, fut surpris de la taille de Jacqueline. Il l'a prit et la montra à ses collègues.
<< Oh ! L'é po un Binch ça ! >>
<< Mais qu'si qu's'en est un ! R'garde Guy, elle dans l'compartiment d'la binch ! T'sé un binch ! >>
<< Mais l'é trop maigre pour faire une purée, pas vrai Jeannette ! >>
<< Ah bah qu'non Guy ! L'é trop maigre hein ! >>
<< Ah ben quoi qu'on va en faire ? >>
<< Une frite ? >>
Le coeur de Jacqueline, enfin l'équivalent d'un coeur, battait de toutes ses forces. Ca y est, son rêve le plus fou allait se réaliser, elle allait être une frite !
<< Ah ben oui ... >>
Guy la lança donc avec les Roswalds.
Ils continuèrent leur récolte, puis, quelques instants plus tard, Guy la regarda de plus près. Il l'examina sur tous les angles. Puis il la remontra à ses collègues.
<< L'é s'ré po mieux avec la Charlotte ? >>
<< Ah bah qu'si ! L'é plus grosse que la Roswald et pareille que la Charlotte. T'sé po quoi, t'va la mettre avec les Charlottes Guy >>
<< Allez, au rayon Charlotte, patates à la vapeur pour la cantine d' l'école primaire ! >>
Guy lança Jacqueline dans le panier des Charlottes, et ils s'en allèrent. La récolte était finie.
Jacqueline se pencha vers Gérard, son tournesol, et le regarda avec des yeux, enfin l'équivalent des yeux, embuhés de larmes. Des larmes de patate Binch qui allait devenir patate à la vapeur.

Une patate à la vapeur ... Mais c'était pire que de devenir purée ! Dans la cantine de l'école primaire en plus ! Mais c'était la honte la plus totale pour une pomme de terre !
Après tout ces efforts, toutes ces restrictions, tout ces rêves, Jacqueline allait se faire cuire pas dans de l'huile, non, mais dans de l'eau bouillante, mélangée aux fines herbes. Elle allait être recrachée par les sales gosses de l'école du village, par les fils et filles de ses assassins. Elle ne voulait plus vivre.
<< Plutôt crever que de finir comme ça ! >> cria-t-elle.
Elle sauta donc du panier, tomba par terre, et fut écrasée par le pied de Guy qui suivait Jeannette de très près. De trop près.
C'était la fin de Jacqueline. La fin de son rêve. La fin de sa petite de vie de pomme de terre, de Binch.

L'histoire de la patate se souviendra d'elle comme la pomme de terre qui voulu révolutionner le monde de la cuisine de la pomme de terre. La Binch peut devenir frite, il suffit d'un peu de bonne volonté, et de surmonter la morale et les critiques en tout genre.

Vous le saurez maintenant, quand vous mangerez une frite qui vous semble trop farineuse. Ce seront peut-être les descendants de Jacqueline, la Binch devenue Charlotte.

# Posté le mercredi 20 février 2008 11:19

Modifié le vendredi 22 février 2008 14:55